Le programme de pratique du droit, méconnu mais riche en expériences

Mamiratra Hantelys

Le Programme de pratique du droit (PPD) existe depuis six ans, mais peu de personnes connaissent réellement sa substance et son contenu. Je vous invite dans les coulisses du PPD en partageant mon expérience afin de comprendre son fonctionnement.

 

Un programme intense de 8 mois

De prime abord, il faut souligner que le PPD est le seul programme en français en Ontario du processus d’accès à la profession d’avocat du Barreau de l’Ontario. Le programme est élaboré en français par des professionnels francophones afin de préparer les futurs juristes à mieux servir leur communauté et à exceller dans leur carrière dans les deux langues officielles. Contrairement à l’idée générale, le PPD n’est pas une traduction du Law Practice Program offert en anglais de l’Université Ryerson.

 

Intense ? En effet, et c’est une des raisons pour laquelle il ne dure que 8 mois au lieu de 10 comme le stage traditionnel. Durant la première partie, le Volet formation, les candidats suivent une formation, intensive et complète afin de se familiariser avec la pratique de différents domaines de droit tels que le droit commercial, le contentieux civil, le droit de la famille, le droit administratif, le droit de l’emploi, le droit immobilier, le droit de l’immigration, le droit du logement, le droit pénal, et le droit successoral.

 

Un des gros avantages du programme est que chaque module est conçu par un praticien expert dans son domaine. Il ne s’agit pas d’une formation théorique ou une répétition des cours magistraux offerts lors des études en droit. Les candidats bénéficient d’une formation axée sur la pratique du droit dans le contexte actuel. Le but est de former les candidats à offrir un service de qualité, mais également d’être pleinement compétent pour accomplir les tâches juridiques d’un avocat dans sa pratique de tous les jours.

 

Les candidats sont donc plongés à temps plein dans un cabinet juridique simulé, dont le nom est Genest et avocats, dans lequel ils s’exercent et sont préparés pour le milieu professionnel. Le cabinet porte le nom de Pierre Genest, qui était le seul trésorier francophone du Barreau de l’Ontario (1985-1986).  Au sein du cabinet simulé, les candidats sont considérés comme des stagiaires et sont formés pour exercer la profession d’avocat dès la fin du programme. Les candidats reçoivent de la rétroaction régulière de la part de plusieurs praticiens sur une multitude de tâches effectuées afin d’apprendre de leurs erreurs et d’améliorer leurs compétences.

 

Durant la deuxième partie du programme, le Volet stage, les candidats poursuivent le programme avec un stage de 4 mois en milieu juridique. Le PPD se charge de jumeler les candidats dans divers milieux de travail juridique, tels que des cabinets d’avocats, différentes instances gouvernementales, dans des cliniques juridiques, dans des organismes, en tenant compte des préférences et intérêts des candidats. Les lieux de stage choisis par le PPD sont variés et peuvent se situer dans plusieurs villes de l’Ontario. Durant leur stage, les candidats ont l’occasion d’intégrer ce qu’ils ont appris lors du Volet formation. Ils sont également évalués pendant leur stage et le PPD effectue un suivi auprès de ses candidats afin de s’assurer que celui-ci leur convient.

 

À l’issue du stage, les candidats bouclent enfin le programme et célèbrent leur réussite, accompagnés par plusieurs membres de la profession juridique.

 

Une voie riche en apprentissages et en compétences transférables

Le PPD est conçu pour former des candidats à devenir les juristes compétents de demain. Ainsi, le programme a été conçu non seulement pour immerger les candidats dans la pratique de différents domaines de droit, mais également pour leur permettre de trouver la voie de pratique dans laquelle ils ont le plus d’intérêts et d’affinités.

 

Dans cette optique, plusieurs compétences sont acquises au cours de cette formation pratique. Par exemple, en matière de relation avec les clients, les candidats sont formés à effectuer des rencontres avec les clients de manière professionnelle. En termes de compétence en matière de rédaction de documents, les candidats sont par exemple formés à rédiger des lettres de mandat, des lettres de clôture, des testaments, des motions, des affidavits, des conventions, des accords, un plan parental ainsi qu’une multitude d’actes de procédure. En termes de compétence oratoire, les candidats sont formés à plaider, à négocier un contrat commercial ou encore de vendre leur idée par un argumentaire éclair avec la méthode du « pitch ».

 

Par ailleurs, hormis les compétences reliées à la relation avec les clients, les candidats sont également formés à la gestion de la pratique. Par exemple, ils sont formés à gérer les dossiers des clients dans un cabinet, à facturer les honoraires, à assurer le suivi des dossiers ou encore à assurer le suivi de leur temps de travail facturable. Grâce à ses compétences acquises, les candidats seront prêts à effectuer des tâches de gestion lorsqu’ils seront placés en milieu professionnel, mais ils ont également acquis une connaissance sur les logiciels de gestion.

 

En ce qui concerne la qualité du travail et la qualité du français, bien entendu les candidats sont évalués minutieusement sur les documents et les livrables présentés afin qu’ils puissent offrir un service de qualité en français. Par ailleurs, les candidats sont formés à travailler de manière indépendante, mais surtout à travailler en équipe. Affinités ou non, comme dans la vraie pratique !

 

Un relationnel et un partage d’expérience avec les praticiens

Tout au long du programme, les candidats ont la chance de rencontrer des praticiens et d’échanger avec ceux-ci leurs expériences. Les praticiens formateurs proviennent de toutes sortes de milieux : grands cabinets d’avocats, petits cabinets, en pratique seule, du gouvernement, d’organismes sans but lucratif, de clinique juridique. Ceci permet aux candidats de se projeter et d’explorer toutes les options possibles.

 

Toujours dans l’optique de préparer les candidats avec la pratique, des maîtres de stage forment les candidats sur la déontologie et la responsabilité professionnelle des avocats. En ce sens, chaque semaine le maître de stage stimule les candidats à travers un temps d’échange et de discussion et même d’un partage d’expérience afin de les familiariser avec le sujet.

 

Enfin, en dehors du cadre strict du programme, les candidats sont jumelés avec un mentor qui partage leurs intérêts juridiques. Ce mentor est une personne-ressource pour les candidats afin qu’ils puissent être guidés et soutenus dans leur intégration dans la profession. Il ou elle les aiguille et les conseille dans leur choix, et ce, même lorsque le PPD est achevé. Par ailleurs, les candidats participent à plusieurs activités de réseautage afin de les intégrer dans la communauté juridique dès leur processus d’accès à la profession d’avocat. Les candidats ont également la chance d’assister à des conférences et ateliers juridiques variés dans la communauté juridique, et de développer leur réseau professionnel. Ils participent également à une clinique juridique mobile, où ils offrent de l’information juridique sous la supervision de praticiens.

 

Ce survol du PPD reflète la richesse du programme conçu expressément pour former des avocats capables de pratiquer dans les deux langues officielles avec une compétence égale. Les candidats sortants du PPD sont préparés pour la pratique du droit avant même de faire leur entrée dans la profession. Grâce au PPD, ceux-ci sont déjà formés pour mieux l’intégrer et y exceller. Le PPD n’est pas une voie secondaire ou une solution de rechange à l’inobtention d’un stage traditionnel. Choisir le PPD pour compléter son processus d’accès à la profession signifie s’engager dans un programme dont la rigueur et les exigences en font une voie d’excellence et la plus complète qui existe.

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